Поль Верлен — Paul Verlaine

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BonheurL’incroyable, l’unique horreur de pardonnerLa vie est bien sévèreAprès la chose faite, après le coup portéDe plus, cette ignorance de Vous!L’adultère, celui du moins codifiéPuis, déjà très anciensMaintenant, un gouffre du Bonheur!L’homme pauvre du cœur est-il si rare, en sommeBon pauvre, ton vêtement est légerLe «sort» fantasque qui me gâte à sa manièrePrêtres de Jésus-Christ, la vérité vous gardeGuerrière, militaire et virile en tout pointUn projet de mon âge mûrSois de bronze et de marbre et surtout sois de chairMon ami, ma plus belle amitié, ma meilleureSeigneur, vous m’avez laissé vivreRompons! Ce que j’ai dit, je ne le reprends pasJ’ai dit à l’esprit vain, à l’ostentationLa neige à travers la brumeJe voudrais, si ma vie était encore à faireO j’ai froid d’un froid de glaceUn scrupule qui m’a l’air sot comme un péchéAprès le départ des clochesL’ennui de vivre avec le monde et dans les chosesVous m’avez demandé quelques vers sur «Amour»Ces vers durent être faitsOr tu n’es pas vaincu, sinon par le SeigneurLes plus belles voixL’autel bas s’orne de hautes mauvesL’amour de la Patrie est le premier amourImmédiatement après le salut somptueuxLa cathédrale est majestueuseVoix de Gabriel

Paul Verlaine « Bonheur »

Un projet de mon âge mûr

Un projet de mon âge mûr
Me tint six ans l’âme ravie,
C’était, d’après un plan bien sûr.
De réédifier ma vie.

Vie encor vivante après tout.
Insuffisamment ruinée.
Avec ses murs toujours debout
Que respecte la graminée,

Murs de vraie et franche vertu.
Fondations intactes certes.
Fronton battu, non abattu.
Sans noirs lichens ni mousses vertes,

L’orgueil qu’il faut et qu’il fallait,
Le repentir quand c’était brave,
Douceur parfois comme le lait,
Fierté souvent comme la lave.

Or, durant ces deux fois trois ans,
L’essai fut bon, grand le courage.
L’œuvre en aspects forts et plaisants
Montait, tenant tête à l’orage.

Un air de grâce et de respect
Magnifiait les calmes lignes
De l’édifice que drapait
L’éclat de la neige et des cygnes...

Furieux mais insidieux,
Voici l’essaim des mauvais anges.
Rayant le pur, le radieux
Paysage de vols étranges,

Salissant d’outrages sans nom,
Obscénités basses et fades,
De mon renaissant Parthénon
Les portiques et les façades.

Tandis que quelques-uns d’entre eux,
Minant le sol, sapant la base,
S’apprêtent, par un art affreux,
A faire de tout table rase.

Ce sont, véniels et mortels.
Tous les péchés des catéchismes
Et bien d’autres encore, tels
Qu’ils font les sophismes des schismes.

La Luxure aux tours sans merci,
L’affreuse Avarice morale,
La Paresse morale aussi,
L*Envie à la dent sépulcrale,

La Colère hors des combats,
La Gourmandise, rage, ivresse,
L’Orgueil, alors qu’il ne faut pas,
Sans compter la sourde détresse

Des vices à peine entrevus.
Dans la conscience scrutée,
Hideur brouillée et tas confus.
Tourbe brouillante et ballottée.

Mais quoi! n’est-ce pas toujours vous,
Démon femelle, triple peste,
Pire flot de tout ce remous,
Pire ordure que tout le reste,

Vous toujours, vil cri de haro.
Qui me proclame et me diffame,
Gueuse inepte, lâche bourreau,
Horrible, horrible, horrible femme ?

Vous l’insultant mensonge noir,
La haine longue, l’affront rance,
Vous qui seriez le désespoir.
Si la foi n’était l’Espérance.

Et l’Espérance le pardon,
Et ce pardon une vengeance.
Mais quel voluptueux pardon,
Quelle savoureuse vengeance !

Et tous trois, espérance et foi
Et pardon, chassant la séquelle
Infernale de devant moi,
Protégeront de leur tutelle

Les nobles travaux qu’a repris
Ma bonne volonté calmée,
Pour grâce à des grâces sans prix,
Achever l’œuvre bien-aimée

Toute de marbre précieux
En ordonnance solennelle
Bien par-delà les derniers cieux,
Jusque dans la vie éternelle.